En bon linuxien, je teste : je teste des distributions. Cela depuis peut-être trop longtemps. Je cherche à me caser. Mais, il y a toujours une perle à découvrir, une évolution à tester. Tout linuxien connaît cela.
Dernièrement, j’ai touché du doigt et certainement enfin trouvé une distribution qui me convient bien et une autre qui répond aussi à mes attentes. Un duo donc. Mais un duo des contraires.


Il s’agit de Garuda et de Bazzite. Et pour cette dernière, je devrais parler plus exactement de la famille des Fedora atomiques dont Bazzite représente la branche Gaming livrée clés en main. En parlant de Bazzite, je vous parlerai en soustexte d’Aurora, de Bluefin, de Silverblue ou de Kinoite et des trois ou quatre autres spins.
De plus, je me suis forcé à revenir sur KDE avec Bazzite, tandis que je suis resté sur Gnome et XFCE sur mes deux Garuda déjà installés.
Évacuons KDE rapidement : aucun problème à noter avec Bazzite ou Aurora ; zéro souci. J’ai retrouvé mes marques tout de suite, et j’ai l’impression que cette version 6 évolutive est robuste et fiable. Elle sait se faire aussi discrète que Gnome. J’utilise le lanceur d’application au clavier. C’est rapide, à peine un peu moins que Gnome. A priori, KDE devient le leader des DE depuis 2025 reléguant Gnome en arrière-plan. Fedora fait entrer KDE au même niveau premium que Gnome. KDE est le flagship de distributions phares comme Cachy, Garuda, MX,… Les applications KDE restent toujours de qualité (je pense à Kdenlive par exemple). Certes, j’apprécie toujours Gnome (et certaines de ses applications) mais il faut toujours que j’ajoute au DE vanilla une poignée d’extensions : je pense notamment à dash to dock (ou dash to panel selon mes envies) ; des extensions que KDE propose nativement (le plus souvent) et j’avoue que c’est un toujours petit plus, notamment lors de sauts de version de Gnome où la plupart des extensions ne suivent pas immédiatement.
Néanmoins là n’est pas le sujet.
J’ai déjà présenté Garuda dans une précédente bafouille. C’est toujours le grand amour entre nous. J’apprécie toujours la console de mise à jour et de maintenance claire et efficace. J’apprécie son esthétique et certains outils de préconfiguration. C’est rapide, mais un peu moins que CachyOS. Je préfère néanmoins ne pas trop me lancer dans les dépôts Cachy pour l’instant. Garuda est une rolling release qui est, par définition, sujette à l’instabilité. Mais les rollback sont là pour pallier le phénomène. Personnellement, si Manjaro continue de ne pas faire mentir le conseil de prudence vis-à-vis des rolling releases avec mes dernières mésaventures, ce n’est pas le cas pour l’instant avec Garuda qui est très stable, pas une anicroche depuis 6 mois avec des mises à jour deux fois par semaine… Mais le fameux dérapage peut logiquement arriver à tout moment. Il y a donc une part d’incertitude propre au Rolling qui plane toujours au-dessus de moi.
C’est pour éviter cela, ce sentiment de potentielle casse après chaque update, que je me suis décidé à regarder vers les atomiques. Je voulais du « certifié » très très stable , avec une sécurité augmentée mais également des mises à jour d’applications fréquentes. Le combo rolling ou semi-rolling avec une meilleure garantie de solidité et de sécurité. J’ai donc testé BAZZITE qui allie une promesse de stabilité, de sécurité renforcée et de mises à jour et fraîcheur des applications via Flatpak. Spoiler : j’en suis ravi ! Et je crois que j’ai enfin trouvé mon Eden linuxien avec les atomiques.

Entendons-nous bien, même si j’ai opté pour Bazzite, je ne suis pas un gros joueur de triple A, donc je n’ai pas des PC type « bêtes de course pour le jeu vidéo ». Mais l’idée d’avoir une distribution capable, si l’envie me prend, de jouer avec une certaine fluidité avec une installation Steam prémachée m’allait bien.
De toute façon, voilà déjà quelque temps que la logique de l’atomique faisait vibrer ma curiosité mais également mon envie de route tranquille en compagnie de Linux. Oui je sais, il y a MINT, Ubuntu qui sont plus que solides mais pas atomiques. Fedora est une des rares à proposer des spins atomiques. Il me fallait tester… avec l’idée derrière la tête de me passer bientôt de Windows, ou du moins de le virtualiser dans un linux.
De fait, n’étant pas un joueur assidu de triple A et n’ayant pas un monstre de puissance graphique avec mon barebone Minisforum équipé d’un GPU AMD RX 6600, j’aurais pu aller vers la distribution atomique Aurora se présentant comme workstation friendly ou pourquoi pas Aerin (ex Serpent OS). La première ne décolle pas vraiment par rapport à Bazzite qui monte en flèche. La seconde est encore trop jeune. Quant à Bluefin c’est du Gnome et je voulais revenir à KDE.
Bazzite s’est donc imposé par sa bonne réputation malgré l’histoire d’ego qui a empoisonné l’ambiance dans l’équipe de développement en 2025.
Je me suis donc lancé sur des essais et des tests sur mes PC portables et premier constat : l’installation Fedora est plus longue que pour les distributions non atomiques. Ainsi, j’ai fait autre chose pendant 15 bonnes grosses minutes. Mais, cela reste logique avec une atomique.
Si l’installation est semblable à celle de Fedora classique, le reste l’est moins. Parce que par défaut on n’installe que des Flatpaks, c’est-à-dire des applications autocontenues avec toutes les dépendances nécessaires. Ainsi, on multiplie logiquement tous les fichiers puisque deux applications ne partageront pas la même dépendance car elles sont isolées dans leur bulle. La même dépendance sera embarquée dans le conteneur de chaque application qui l’utilise. Il en découle que les atomiques prennent un peu plus de place sur un SSD ou un HDD. C’est une alerte que de nombreux YouTubeurs aiment à lancer.
Mais franchement j’ai installé plus de 126 applications en plus des deux images système sur une partition de 450 Go et le tout occupe 8% du SSD contre 5 % chez Garuda classique. Soit 3% de différence de stockage, rien du tout. J’ai acheté sur le champs le concept de l’atomique.

La vraie contrepartie, c’est possiblement sur des configurations avec des CPU un peu anciens un lancement d’application un peu plus lent. Attention ! « Plus lent » au premier lancement (à chaque session, j’entends), car après, durant la session, c’est très rapide si vous fermez et réouvrez les applications. Pareil que sur une distribution classique. Autre petit inconvénient, l’application conteneurisée prend un peu plus de place dans la RAM. Mais à partir de 15 Gigas, pas trop de soucis.
À ce sujet, Bazzite utilise la Zram, avec par défaut 4 Gigas de Zram. Avec mes 15 Gigas de Ram sur mon portable Acer Predator d’il y a 10 ans et une Zram de 4 Gigas, je suis dans la zone des 25% de Zram qui ont peu d’impact sur le CPU qui, rappelons-le, compresse les données en Zram pour augmenter artificiellement la totalité de la RAM. Pour du 15 Gigas de Ram, la Zram peut artificiellement permettre d’obtenir 22 Gigas au doigt mouillé.
J’ai augmenté la Zram native de 4 Gigas à 5 Gigas pour être un chouille au-dessus de la base sans atteindre les 50% propres au Gaming. Je fais avant tout du multimédia et par conséquent le réglage de 4 à 6 Gigas pour une Ram native de 15 Gg va bien. Du finetuning pour le fun donc.
Si cela vous intéresse, voilà comment faire pour modifier la ZRAM :
Pour cela, éditer le fichier /etc/systemd/zram-generator.conf. Généralement, le réglage ne doit pas dépasser la moitié de la RAM totale.
Voici à quoi ressemble mon fichier de configuration. J’ai ajouté ces trois lignes dans le fichier.
[zram0]
compression-algorithm=lzo
zram-size=5000
Après avoir modifié le fichier, redémarrez pour que le changement prenne effet.
Vous pouvez exécuter zramctl pour confirmer que le changement a été pris en compte ou free --mega pour voir votre utilisation de la RAM et l’utilisation du Swap.
Notez que vous pouvez modifier n’importe quel fichier dans le dossier /etc même si Bazzite est atomique.
Gestion des Flatpaks : c’est un BAZAAR Magique.

Le magasin de Flatpak proposé par Bazzite repose sur l’application Bazzar de Gnome. C’est un store assez pratique proposant des nouveautés, les dernières mises à jour, des catégories, de la recherche. C’est un Discover ou un Pamac dédié aux Flatpaks. Que dire de plus ? Les programmes s’installent dans leur propre univers isolé des autres. Alors certes le dépôt Flathub n’est pas aussi fourni que celui de Arch (AUR) ou celui des Snap de Canonical (8000 ai-je lu, pour les Snap contre 2500 pour les Flatpak), mais c’est largement suffisant pour du « casual Linux » ou de la production semi-pro.
De plus, avec les atomiques Fedora, vous pouvez installer une application hors Flatpack en utilisant podman ou distrobox chez Bazzite. L’idée consistant à installer dans un conteneur isolé la base de la distribution supportant l’application : du .deb, du AUR…
Mais le meilleur n’est pas là. Avec deux lignes de code, il est facile d’importer tous ses Flatpaks installés, puis avec une autre commande de les réinstaller en une seule fois dans une autre installation de Bazzite ou une autre atomique. Cela fonctionne merveilleusement bien. Ainsi, en quelques minutes (environ 15 minutes), 126 applications ont été installées sur une autre bazzite en une commande. Kiffant !
C’est un peu la philosophie de NixOS mais uniquement pour les applications avec Bazzite. Pour le reste, on réinstallera l’image, elle aussi conteneur finalement, de son système Bazzite qu’on aura peaufiné ; ou tout simplement un nouveau Bazzite avec les bons drivers pour le PC qui réceptionne la distribution.
Voici la commande :
C’est la méthode la plus fiable via le terminal. Elle consiste à extraire la liste de vos applications installées dans un fichier texte, puis à l’utiliser pour tout réinstaller d’un coup.
Tapez dans votre Bash (terminal) :
flatpak list --app --columns=application > mes_flatpaks.txt
« mes_flatpaks » peut être changé par le nom que vous voulez. L’essentiel est de conserver le .txt
Votre liste de flatpaks installés est maintenant dans votre home (le plus souvent à la racine si vous n’avez pas indiqué un chemin de sauvegarde dans votre terminal). Pour plus de sécurité, faites une copie de ce fichier sur une clef USB ou dans le cloud.
Imaginons maintenant que vous réinstalliez une Bazzite sur un autre PC.
a) Charger votre fichier « mes_flatpaks.txt » (ou « le_nom_que_vous_avez_donné_.txt ») sur votre PC (dans votre home ou votre dossier Documents par exemple).
Puis tapez la commande suivante dans votre terminal là où se trouve votre fichier txt:
xargs flatpak install -y flathub < mes_flatpaks.txt
L’installation se lance et vous n’avez plus qu’à patienter quelques minutes. À la fin, lorsque le nombre de flatpaks est atteint (il y a un compteur), vous fermez votre terminal et tout est là.
Je vous le dis, c’est tout simplement génial ! Il est d’ailleurs possible que cela fonctionne pour les distributions classiques. Mais, comme avec Bazzite tout est Flatpak, c’est extrêmement commode car toute votre logithèque d’applications est réinstallée en une seule fois. Vous ajoutez de nouvelles applications : vous régénérez le fichier .txt, vous le sauvegardez et vous serez à jour si vous devez faire une réinstallation. Mais, cela ne devrait pas arriver car Bazzite possède toujours au moins deux images systèmes. Si la nouvelle image « poussée » par la mise à jour automatique foire, vous revenez à l’autre image en attendant un debug de l’équipe de Bazzite ou de celle de Fedora.

Il est donc intéressant de connaître quelques commandes fondamentales permettant le Rollback sur l’image antérieure, ainsi que quelques commandes propres à Bazzite en utilisant Ujust. Mais dans l’ensemble vous pouvez presque vous passer du terminal pour la maintenance de base. En effet, la mise à jour manuelle de Bazzite passe par une petite application qui fera le travail de mise à jour pour vous (system update). Attention, avec une atomique, du moins avec Bazzite, cela sera toujours un peu plus long qu’avec une distribution classique. Cela dit, la mise à jour du conteneur système de Bazzite se fait généralement toute seule au redémarrage, donc hormis si vous voulez vous assurer d’une fraîcheur à un moment « T », vous pouvez ne vous occuper de RIEN.
Mais tout n’a pas été totalement rose. Du moins sur un PC uniquement. Ainsi l’image Fedora 44 KDE bazzite sortie quasiment en même temps que la Fedora 44 classique me pose depuis sa montée à côté du conteneur Fedora 43, sur un des PC portables (le Acer Predator) , un problème d’écran noir après ma saisie du mot de passe sur l’écran d’accueil de KDE (je n’ai pas testé la version Gnome). En attendant une éventuelle correction, j’ai fait un rollback sur l’image de la version 43 qui fonctionne parfaitement. J’ai épinglé cette image pour ne pas la perdre et parfois j’essaie de booter sur la 44 pour voir si le correctif a été apporté car je ne suis pas le seul à avoir le problème. Comme quoi Fedora n’est pas la perfection que certains nous vendent. À ce titre, Aurora a été beaucoup plus prudente et est resté en 43 pour assurer les tests en version 44 avant de pousser le conteneur 44.
Bref, avec tout ça j’ai sauté le pas et enterré Windows en installant Bazzite sur mon PC de production. Il faut dire que depuis deux ans Windows gère très mal ma carte vidéo AMD RX6600 MX même avec le driver AMD qui va bien. Un carnage visuel avec glitch et clignotement. Cela fait 40 ans que je me traîne Windows au boulot et un peu à la maison pour le gaming. C’est terminé, du moins à la maison.
J’ai mis un nouveau SSD Cruxial de 1T sur mon Barebone Minisforum HX90. J’ai installé le dernier Bazzite avec la version 44 Fedora et roulez jeunesse. Tous mes jeux Steam répondent à l’appel avec ou sans couche proton.
J’ai juste perdu l’utilisation d’AFFINITY (la suite graphique) et de Microsoft office.
PourAffinity, je l’utilisais peu étant habitué à la chaîne de production GIMP – INKSCAPE – KRITA – DARKTABLE – SCRIBUS. Pour MOffice, j’ai LibreOffice, dont je suis un spécialiste, ou encore Onlyoffice, Collabora et Gnumeric pour faire bonne mesure. Donc rien ne me manque !
Ma carte AMD est reconnue et je n’ai plus de problème de clignotement. Le PC s’éteint trois fois plus vite qu’avec Windows. ET même sur certains jeux, les ventilateurs se mettent moins souvent en marche pour refroidir le barebone.
J’ai installé Rust dans mon $HOME? C’est-à-dire la zone modifiable de mes données que Bazzite laisse tranquille. En cas de réinstallation, il suffit de copier cette zone « var/$Home » puis de la remettre en place pour récupérer toutes ses données. Le PATH sera peut-être à mettre à jour mais c’est tout.
Franchement l’ére ATOMIQUE qui s’annonce dans le monde Linux a du bon.
Pour conclure, je vous livre trois PDF, dont un avec toutes les commandes RPM-OSTREE qui permettent de gérer les images systèmes et l’installation en surcouche d’applications qui seront intégrées dans le système hors Flatpak. Un autre consacré aux commandes UJUST d’Universal Blue et enfin, très important, un PDF sur l’organisation des répertoires dans les Fedora Atomiques et Bazzite.
Enjoy … or not !
